Décès de Marilyn Burns

Marilyn burns can still bring a scream at the box office 12

Nous apprenons aujourd'hui le décès de l'actrice Marilyn Burns (de son vrai nom Mary Lynn Ann Burns). Alors peut-être que, comme moi, ce nom ne vous dit pas grand-chose et que vous vous demandez finalement si cette illustre inconnue n'avait pas un lien de parenté avec le fameux Monsieur Burns, directeur tyrannique de la centrale nucléaire de Springfield dans les "Simpson's". Oui je suis persuadé que vous connaissez mieux ce personnage de dessin animé que l'actrice à laquelle ce billet fait référence...

Mais en fait tout s'éclaire lorsqu'on apprend dans quel film cette jeune actrice s'est illustrée à l'époque. Un film culte, dont la première sortie aux Etats Unis date de 1974, un film dont tout le monde a déjà entendu parler au moins une fois dans sa vie sans pour autant l'avoir vu. J'ai nommé: "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper! Ah! Vous voyez que vous connaissez finalement! Marilyn Burns tenait le premier rôle du film et interprétait Sally Hardesty, unique survivante du massacre de Leatherface et de toute sa gentille famille de dégénérés.

Comme à chaque fois que je me remémore un film d'horreur, reviennent à moi bien plus de souvenirs que le film lui-même. Je me rappelle par exemple les conditions dans lesquelles j'ai vu le film, si c'était au cinéma ou bien à la télévision, ou encore en VHS ou dvd. Je me rappelle également l'état d'esprit dans lequel j'étais à l'époque et les personnes qui m'entouraient alors... Ah, souvenirs, souvenirs, je vous ai gardés dans mon coeur, comme le disait en son temps Johnny.

Eh bien figurez-vous que la première fois que j'ai vu "Massacre à la tronçonneuse", je devais avoir dans les quatorze ans, et j'étais déjà fan depuis quelques années de tout ce qui se rapportait de près ou de loin à de l'épouvante (le premier film m'ayant marqué étant Shining à l'âge de dix ans, mais ceci est une autre histoire que je raconterais peut être un jour).

Nous sommes donc au tout début des années 90' et je suis là, chez mon copain Tristan, un samedi soir, à visionner une sélection de VHS de films d'horreur que nous avions empruntés au vidéo club (dix prêts tamponnés sur la carte offrait droit à un prêt gratuit! Ah, nostalgie quand tu nous tiens). Je passais à l'époque des heures à éplucher chaque VHS du rayon épouvante du magasin, et à frissonner devant les descriptifs de films célèbres comme "La nuit des morts-vivants", "Vendredi 13" ou autres "Griffes de la nuit"... Je crois que j'ai réussi à tous les visionner avant que la boutique ne ferme ses portes, quelques années plus tard, victime du lecteur dvd.

Alors voilà, je suis donc chez Tristan, qui est plus âgé que moi de quatre ans (c'est à dire tout un monde pour moi à l'époque) et qui s'était mis en tête de me faire acquérir une "culture de l'épouvante". Parmi la sélection du soir, il y a entre autre, "Massacre à la tronçonneuse", film interdit en salle au moins de dix-huit ans lors de sa sortie en 1982 au cinéma (le film était néanmoins sortit en 1979 en VHS). Tous les rideaux sont tirés, histoire de faire un peu de pénombre pour ne pas qu'il y ait de faux jour sur l'écran. Nous sommes en effet en pleines vacances d'été et il doit être dans les huit heures du soir. Mais le fait de fermer les rideaux consiste aussi et surtout à nous plonger dans l'ambiance et dire qu'à partir de maintenant nous entrons dans une "autre dimension"; car nous tirions les rideaux même en plein hiver lorsque la nuit était déjà tombée depuis longtemps. Et oui, il y avait certains rituels à respecter, comme manger de la pizza en regardant les films, par exemple.

De ce film donc, je me souviens d'avoir été marqué par l'aspect de Leatherface avec son masque en peau humaine sur le visage. Je me souviens également du bruit infernal de cette tronçonneuse qui rugit pendant presque les 84 minutes du film. L'histoire est tout ce qu'il y a de plus classique et banale pour mon époque qui connaissait l'âge d'or des slashers avec les "Vendredi 13" et autres "Freddy", comme je vous l'ai déjà dit un peu plus haut. Mais replacé dans son contexte, c'est à dire 1979 aux USA, ce film était pourtant bien un des premiers du genre. Je vous rappelle brièvement le synopsis du film pour ceux qui n'en auraient jamais entendu parler :

Nous sommes au Texas, en 1979. Cinq jeunes se promènent en mini van (un peu le même que dans Scooby Doo) et prennent un auto-stoppeur qui se révèle être passablement cinglé. Effrayés, les jeunes arrivent à l'expulser du véhicule avant de continuer leur route. Ils tombent en panne d'essence un peu plus loin et découvrent alors une étrange maison au bord d'un lac. Deux des jeunes partent l'explorer et... tombent nez à nez avec Leatherface qui tue le premier à coups de marteau et la seconde en l'empalant sur un crochet de boucher. L'horreur commence alors pour Sally (Marilyn Burns) qui va passer la nuit à découvrir les atrocités d'une famille dégénérées et voir son frère se faire découper en rondelles lors d'une mémorable course poursuite de nuit en fauteuil roulant. Après bien des péripéties, Sally arrivera à s'enfuir et échappera ainsi à une mort horrible (j'espère ne pas avoir trop spoilé là!).

Alors voilà, en apprenant ce matin la nouvelle, j'ai fouillé parmi ma collection de dvd d'horreur pour ressortir ce fameux film et j'ai revisionné quelques extraits. J'ai également revu l'interview de Tobe Hooper qui figurait dans les bonus que j'avais regardés rapidement il y a quelques années lorsque j'avais acheté le dvd dans une boutique d'occasion.

Et alors que je suis là, devant mon écran de télévision à presque retrouver l'atmosphère sacrée qu'il y avait lorsque j'avais vu ce film pour la première fois avec Tristan, plusieurs choses me sautent aux yeux.

Premièrement, et malgré ce que peut laisser supposer le titre de l'histoire, il n'y a quasiment pas de sang dans le film! Eh oui! Je vous propose de le revisionner vous aussi si vous ne me croyez pas!

Deuxièmement, il n'y a qu'une seule personne qui se fait tuer à la tronçonneuse (le frère handicapé de Sally, justement). Tous les autres se font tuer au marteau. Eeeeh oui! Revisionnez le film je vous dis, vous aussi allez être surpris.

Troisièmement, l'affiche du film indique que l'histoire est tirée d'un fait réel! Oh, le gros mensonge que voilà! L'histoire, telle qu'elle nous est présentée est pourtant bien une fiction, de l'aveu même de Tobe Hooper, son réalisateur. En fait, celui-ci s'explique dans son interview. Il dit avoir été marqué dans son enfance (décidément l'enfance détermine souvent la destiné des hommes) par les récits que lui faisaient les membres de sa famille, de "Ed Gein", qui avait vécu près de chez eux. Le "Ed Gein" en question était un sympathique monsieur, cannibale de son état, qui déterrait les cadavres et recouvrait ses fauteuils et ses abats jour avec de la peau humaine. Un charmant voisin donc...

Tobe raconte également avoir été marqué par une autre histoire, toujours dans son enfance, nous dit-il. Son médecin racontait comment, lorsqu'il était étudiant, avait écorché le visage d'un cadavre lors d'une dissection pour s'en faire un masque d'halloween (au cas où vous ne le sauriez pas, les étudiants en médecine sont de grands enfants et si vous en connaissez, ils pourront vous raconter biens des histoires de ce genre).

Tobe Hooper reprend donc ces deux souvenirs et en fait "Massacre à la tronçonneuse". Il rajoutera "Histoire vraie" sur l'affiche simplement pour que le public frémisse d'avantage. Il se souvient en effet avoir vu un film avec un bandeau de ce genre sur l'affiche qui avait produit tout son effet aux spectateurs. Il dira également, pour justifier son choix, que "tout être humain, tout animal, a envie d'aller regarder derrière la porte du cagibi (...) c'est cette pulsion qui nous fait ralentir sur l'autoroute lorsqu'il y a un accident. C'est pour mieux voir les tripes et le sang".

A propos du peu de sang que l'on peut effectivement voir dans le film, Tobe Hooper dit que "votre imagination de spectateur dépasse ce que je peux réellement vous montrer". Effectivement, grâce à une mise en scène habile, Tobe nous suggère bien plus de choses qu'il nous en montre en réalité.

Le bruit de la tronçonneuse, omniprésent dans le film remplace allègrement n'importe qu'elle autre musique. D'ailleurs il n'y a pas de musique dans ce film, ce qui confère à l'ensemble un aspect "documentaire" qui rajoute au sentiment d'oppression du spectateur.

Alors voilà, quarante ans pile après la sortie de ce film qui allait servir de base à tous les autres "slashers" (une nouvelle version sortira au 1er octobre 2014 je crois), Marilyn Burns a quitté le devant de la scène pour monter vers d'autres étoiles que celles du cinéma. Remarquez, elle n'aura pas joué dans beaucoup d'autres productions. Je crois qu'elle sera l'héroïne d'un seul autre film avant de reprendre son rôle de Sally Hardesty pour des reprises de "Massacre à la tronçonneuse" dans les années qui suivront. Elle est effectivement une de ces actrices qui auront été marquées par un seul rôle qui leur aura collé à la peau toute leur vie. Il me vient alors cette phrase de Tobe Hooper à propos de Sally Hardesty, le personnage de son film qui s'en sort vivante : "Je pense qu'il lui faudra beaucoup de temps pour surmonter ce traumatisme".

Marilyn Burns a été retrouvée morte ce mardi à son domicile de Houston, au Texas. Lieu même qui vit se dérouler l'histoire du film qui la rendit célèbre.

Alors, comme à chaque fois qu'un acteur, un écrivain ou un musicien meurt, je me dis que c'est un peu une partie de mon histoire à moi aussi qui meurt avec lui, une époque qui se termine... Oui, je sais que je parle comme un vieux con, que voulez-vous, je vieillis.

Avec Marilyn Burns qui s'en va, c'est un peu de mon adolescence qui part avec elle. Paix à ton âme, Marilyn.

Alors aujourd'hui, et sans doute jusqu'à ce que je m'endorme ce soir, j'ai quatorze ans. Laissez-moi tranquille! J'ai quatorze ans et mes yeux pétillent devant la bande VHS qui se déroule en ronronnant dans le magnétoscope de mon copain Tristan. Recroquevillé sur le fauteuil, j'essaie de ne pas trop montrer que j'ai peur. Le salon sent encore la pizza que l'on vient de manger et, lorsque certaines scènes du film deviennent trop angoissantes, je baisse discrètement les yeux vers les jaquettes des deux autres films qui nous attendent: "Peur Bleue" de Stephen King et "Les griffes de la nuit" de Wes Craven. Et pendant que je détourne le regard, j'entends Sally qui crie, qui crie à la mort!

SG

7 aout 2014

leatherface Tobe Hooper Massacre à la tronçonneuse Marilyn Burns

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×