Bonne nuit Monsieur Craven

Bonne nuit Monsieur Craven…

 

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     Une grande figure du cinéma d’épouvante vient de tirer sa révérence à l’âge de 76 ans. En effet, monsieur Wesley Earl Craven s’est endormi une dernière fois ce dimanche 30 août 2015 dans sa propriété de Los Angeles.

     Réalisateur, producteur, scénariste et même acteur, son nom sera pour toujours lié au cinéma d’épouvante, genre qui l’aura révélé dès 1972 grâce à son tout premier film « La dernière maison sur la gauche ». Pourtant ce n’est en 1977 que Wes Craven commencera vraiment à être connu du grand public, lorsqu’il réalisera « La colline a des yeux », film décrivant le calvaire d’une famille américaine perdue en plein désert du Nouveau Mexique aux prises avec des mutants cannibales, victimes des retombées nucléaires.

     Ce film m’a toujours fait penser à un autre classique du genre non moins célèbre : « Massacre à la tronçonneuse » de Tobe Hooper, sorti trois ans auparavant en 1974. Même décors, même ambiance… Quand Hooper situera l’action de son film au Texas, Craven déroulera l’histoire de « La colline… » dans l’état voisin du Nouveau Mexique. Même les « méchants » qui, dans les deux films, sont des familles autochtones passablement dégénérées (et disgracieuses, si si on peut le dire…) semblent avoir un lien de parenté (ce qui, entre nous, nous fait aussitôt nous rappeler qu’on choisit ses copains mais jamais sa famille, sinon bonjour les goûts de chiottes !).

     Le concept fonctionnant plutôt bien, Wes Craven continuera sur cette lancée et réalisera deux autres films qui garderont pour toile de fond ce qui a fait ses précédents succès : « Ancrer ses films dans le quotidien d’une Amérique provinciale et des familles apparemment sans histoire pour les faire basculer dans le cauchemar, révélateur de la violence et des valeurs viciées sur lesquelles elles se fondent » (Nicolas Schaller, L’OBS, 31.08.2015).

     Viendront donc « La ferme de la terreur » en 1981 et « La créature des marais » en 1982.

     Mais c’est réellement en 1984 que Wes Craven exposera son talent au monde entier en inventant un personnage qui fera son apparition pour la toute première fois dans le désormais cultissime « Les griffes de la nuit », j’ai nommé : le sieur Freddy Kruegger.

Les griffes de la nuit

Affiche du film « Les griffes de la nuit », (A Nightmare on Elm Street), 1984.

 

     Pour ceux qui n’en n’auraient jamais entendu parler, disons que Freddy est une sorte de croque mitaine au visage brûlé, toujours vêtu d’un pull miteux rayé rouge et vert et coiffé d’un chapeau cabossé. La grande classe, quoi ! Mais tout cela ne serait rien s’il ne s’amusait pas à poursuivre inlassablement les adolescents de la rue d’Elm Street afin de les étriper pendant leur sommeil. Car comme tout bon croque mitaine, Freddy arrive lorsque la nuit tombe et que nos héros s’endorment. Il apparaît alors dans leurs rêves (euh… leurs cauchemars serait plus adapté !) afin de les faire passer par le fil de ses lames de rasoir. Ah oui parce que je ne vous l’ai pas dit, mais Freddy Krugger porte un gant à la main droite surmonté par quatre belles griffes d’acier. Comme aurait dit Coluche, « c’est joli mais faut être connaisseur ».

     Freddy étant très joueur, il s’amusera souvent à les faire crisser sur les murs lorsqu’il traquera ses victimes. Tout l’intérêt des différents opus qui suivront l’original, résidera dans la manière à chaque fois particulièrement inventive que Freddy trouvera pour trucider ses victimes (car c’est bien connu, dans un rêve il peut arriver à peu près n’importe quoi, et ça, les producteurs et réalisateurs l’ont très bien compris).

 

 

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Freddy Kruegger

 

     Non content d’être un énorme succès commercial, le film de Craven offrira ainsi au monde celui qui restera comme l’un des plus célèbres méchants du cinéma d’épouvante avec Jason Voorhees. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais dans les années 80’, Jason et Freddy incarnaient à eux seuls les films de slashers. Trente ans plus tard, il est incontestable que ces deux affreux symbolisent à eux seuls tout un genre et sont désormais élevés au rang d’icônes dans la pop culture.

     Afin d’illustrer mon propos, je peux vous confesser qu’étant enfant, les murs de ma chambre étaient littéralement tapissés d’affiches de films de Freddy, au grand dam de ma mère qui se demandait déjà à l’époque comment on pouvait apprécier de telles horreurs ! Toujours avec mon pote Tristan (le même qui m’avait fait découvrir « Massacre à la tronçonneuse ») mes séances cinéma du samedi soir ne pouvaient être complètes sans le visionnage d’un des nombreux opus de la saga des « Freddy ».

     Dans un des magazines de cinéma de l’époque qui traitait déjà du phénomène de « L’homme aux griffes » (magazine qui est toujours chez ma mère) il m’avait semblé lire que Wes Craven avait eu l’idée d’inventer son personnage suite à la lecture d’un article relatant la mort mystérieuse de plusieurs adolescents pendant leur sommeil. En préparant cet article, je n’ai trouvé nulle trace de cette anecdote, mais plutôt une variante de celle-ci. Craven se serait souvenu d’un article du Los Angeles Times qu’il aurait lu étant enfant et qui relatait l’histoire d’un homme qui faisait d’horribles cauchemars chaque nuit, tant et si bien qu’il finit par ne jamais se réveiller de l’un d’eux. Craven relatera également une autre anecdote de son enfance (et là encore comme dans mon précédent article sur Tobe Hooper et son « Massacre à la tronçonneuse », on voit combien l’enfance ne cesse de nous revenir toute notre vie). Etant enfant, le réalisateur aurait vu de sa fenêtre un vieillard vêtu d’un chapeau passer dans la rue. Ce dernier se serait alors arrêté et aurait fixé du regard le jeune garçon, avant de faire mine de vouloir rentrer dans l’immeuble pour venir le chercher. Wes Craven s’inspirera de ce vieillard afin de créer son personnage de croque mitaine. Le prénom de « Freddy » quant à lui sera l’homonyme d’un petit vaurien qui s’amusait a brutaliser le jeune Wes à l’école.

     Bien que la saga « Freddy » compte à ce jour environ neuf opus, Wes Craven n’en aura réalisé que deux : le tout premier, « Les griffes de la nuit » (A Nightmare on Elm Street) en 1984, qui verra les débuts d’acteur de Johnny Depp et qui recevra le Prix de la Critique du Festival d’Avoriaz en 1985, et le septième « Freddy sort de la nuit » (New Nightmare) en 1994. Dans toute la saga, à l’exception du remake des « Griffes de la nuit » sorti en 2010 et réalisé par Samuel Bayer, l’acteur Robert Englund incarnera Freddy Kruegger.

     Après le succès des « Griffes de la nuit » en 1984, Wes Craven sera intronisé « Grand Maître de l’Horreur » au côté de John Carpenter.

     Suivront ensuite des films comme « Shoker » en 1989 et « Le sous-sol de la peur » en 1991. Mais c’est réellement en 1996 et la sortie de « Scream » avec son tueur au couteau et son masque de fantôme hurleur que Wes Craven fera à nouveau parler de lui. Ce sera un carton plein pour ce slasher moderne qui comptabilisera pas moins de 173 millions de dollars au box-office mondial. Le film recevra le Grand Prix du Festival Fantastique de Gérardmer la même année.

 

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Ghost Face dans « Scream »

 

     Dans la foulée de ce succès, Craven réalisera trois autres suites à « Scream » de 1997 à 2011.

     Devenue un véritable phénomène de société, la saga des « Scream » confortera définitivement aux yeux de tous Wes Craven à sa place de « Grand Maître de l’horreur ».

 

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Wes Craven en « Freddy Kruegger »

 

     Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis cette année 1984 et l’avènement de son tueur fantastique, mais trente ans après, il m’arrive parfois de me souvenir de cette petite comptine qui ponctuait l’apparition de Freddy dans chacun des films et dont je me souviens encore par cœur : « Un, deux, Freddy te coupera en deux… Trois, quatre, remonte chez toi quatre à quatre… Cinq, six n’oublie pas ton crucifix… Sept, Huit surtout ne dors pas la nuit… Neuf, dix Freddy est caché sous ton lit ! ».

     Eh oui, Monsieur Craven… Vous avez fait rêver des tas d’enfants qui vont désormais veiller sur votre héritage. Merci pour la leçon. Et surtout, merci pour le fun. Vous pouvez dormir tranquille, vous êtes maintenant immortel.

     Allez, bonne nuit Monsieur Craven. Et ne faites pas trop de cauchemars…

 

S.G

02 sept 2015

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