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I Wish

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Je dois dire que c'est toujours avec une certaine émotion que j'entre dans une salle obscure pour regarder le nouveau film d'épouvante que propose mon cinéma préféré. Je ne sais pas si cela vous fait ça, mais il y a toujours ce moment où je ressens quelques papillons dans le ventre, en particulier lorsque la salle se plonge soudain dans l'obscurité et que le générique retentit.

Je me suis donc rendu à la séance de cette après midi afin de voir le film "I Wish" de John Leonetti (Annabelle). Oh oui je sais, ça peut vous paraitre bizarre d'aller passer un dimanche de juillet enfermé dans une salle de cinéma, mais le temps ne m'inspirait guère à m'aventurer dans un parc. Vous auriez également pu me dire que les quelques critiques que j'avais pu glaner çà et là sur le film auraient également dû me dissuader de payer les 10 euros d'entrée. Et vous auriez eu entièrement raison. Lorsque Leonetti avait sorti son fameux "Annabelle", les critiques désastreuses du film avaient réussi à m'en éloigner. Mais là, je ne sais pas, quelque chose me disait qu'il fallait que j'aille voir ce film.

Première surprise: le film est en français! Depuis que je suis sur Paris je m'étais habitué (résigné) a voir mes films préférés en VOST dans quelques salles osant encore diffuser ce genre cinématographique sans craindre les hordes de débiles en tout poils venus juste pour saccager la séance des autres spectateurs. Ceci dit, j'apprécie maintenant énormément de voir les films en version originale, comme si ça leur apportait plus de rondeur... Enfin bref, revenons à nos moutons.

Le synopsis du film est tout ce qu'il y a de plus classique: Claire Shannon (Joey King), une adolescente, pas vraiment épanouie, trouve une boite à musique qui a le pouvoir extraordinaire d'exaucer 7 voeux. Le hic, c'est qu'à chaque voeu exaucé, une personne de son entourage meurt de manière atroce.

I wish faites un voeu le film le plus terrifiant de lete 2017 grande

Nous sommes là dans un banal teen movie, respectant tous les codes du genre: une jeune fille qui a la loose, un peu à la façon d'une Carrie dans le film éponyme de 1976 mais en un peu moins misérable quand même. Une succession de décès plus ou moins spectaculaires (plutôt moins que plus d'ailleurs) qui n'est pas sans rappeler les "Destination Finale". Des jolies "méchantes" et des moins beaux "gentils".

Tout cela me fait penser aux joyeux slahers qui sévissaient à l'époque où j'avais l'âge des acteurs de ce film: Freddy, Jason, Souviens-toi l'été dernier, Urban Legend, etc. Comme dirait ma mère: "on n'invente rien"!

Après quelques minutes de mise en place des personnage visant à nous faire comprendre que l'héroïne est 1- gentille et 2- malmenée par un groupe de lycéens énervants, la charmante Claire reçoit donc une boite à musique chinoise que son père a trouvé en fouillant dans les poubelles du quartier. Ah oui je ne vous ai pas dit mais Claire vit chichement dans une vieille maison avec son père et son chien depuis que sa mère s'est pendue lorsqu'elle avait 5-6 ans.

Bref, Claire, qui suit des cours de chinois au lycée, comprend qu'il s'agit en fait d'une boite à voeux. Les inscriptions lui promettent de réaliser 7 de ses voeux. Qu'à cela ne tienne, elle demande aussitôt à ce que son ennemie jurée "pourrissent de l'intérieur", comme ça, juste pour voir. Et c'est exactement ce qu'il se passe dans les heures qui suivent. Le lendemain, Claire retrouve son chien mort, à moitié dévoré par les rats, sous le sous-sol de leur maison. Bizarre bizarre...

Les amateurs du genre que nous sommes avons déjà compris la mécanique du film.

Pourtant, les voeux s'enchainent: Avoir de l'argent, que le bellâtre du lycée soit fou amoureux d'elle, être "populaire", etc. jusqu'à ce qu'elle comprenne, au bout du quatrième voeu, que chacune de ses demandes est automatiquement suivit du décès d'une personne proche. On notera l'apparition de Sherilyn Fenn (la jolie et espiègle brune dans Twin Peaks) qui nous montre qu'on ne peut pas être et avoir été.

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Le film bascule alors dans sa seconde partie: comment réussir à se sortir de cette malédiction. Car évidement, comme si un mort pour chaque voeu n'était pas suffisant, la réalisation du septième et ultime voeu verra l'âme de Claire définitivement acquise au démon qui habite la boite à musique.

Comment Claire et ses amis s'en sortiront ils? Ca je vous en laisse la surprise, mais je vous parie mon chapeau que si vous avez un peu d'expérience en matière de film d'épouvante, vous saurez aisément le deviner (P.S: je n'ai pas de chapeau).

Alors oui, le film cumule les déjà vus, pourtant, il se laisse regarder tranquillement et agréablement. Bien sûr, il ne révolutionne pas le genre et n'apporte absolument rien de nouveau. Je dirais même qu'il ne fait pas peur, hormis quelques jumpscare prévisibles, toujours disséminés aux mêmes endroits. Mais le film est plutôt sympatique et m'a fait retrouver, pendant quelques instants, la saveur des teen movies de l'époque.

Bonne nuit Monsieur Craven

Bonne nuit Monsieur Craven…

 

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     Une grande figure du cinéma d’épouvante vient de tirer sa révérence à l’âge de 76 ans. En effet, monsieur Wesley Earl Craven s’est endormi une dernière fois ce dimanche 30 août 2015 dans sa propriété de Los Angeles.

     Réalisateur, producteur, scénariste et même acteur, son nom sera pour toujours lié au cinéma d’épouvante, genre qui l’aura révélé dès 1972 grâce à son tout premier film « La dernière maison sur la gauche ». Pourtant ce n’est en 1977 que Wes Craven commencera vraiment à être connu du grand public, lorsqu’il réalisera « La colline a des yeux », film décrivant le calvaire d’une famille américaine perdue en plein désert du Nouveau Mexique aux prises avec des mutants cannibales, victimes des retombées nucléaires.

     Ce film m’a toujours fait penser à un autre classique du genre non moins célèbre : « Massacre à la tronçonneuse » de Tobe Hooper, sorti trois ans auparavant en 1974. Même décors, même ambiance… Quand Hooper situera l’action de son film au Texas, Craven déroulera l’histoire de « La colline… » dans l’état voisin du Nouveau Mexique. Même les « méchants » qui, dans les deux films, sont des familles autochtones passablement dégénérées (et disgracieuses, si si on peut le dire…) semblent avoir un lien de parenté (ce qui, entre nous, nous fait aussitôt nous rappeler qu’on choisit ses copains mais jamais sa famille, sinon bonjour les goûts de chiottes !).

     Le concept fonctionnant plutôt bien, Wes Craven continuera sur cette lancée et réalisera deux autres films qui garderont pour toile de fond ce qui a fait ses précédents succès : « Ancrer ses films dans le quotidien d’une Amérique provinciale et des familles apparemment sans histoire pour les faire basculer dans le cauchemar, révélateur de la violence et des valeurs viciées sur lesquelles elles se fondent » (Nicolas Schaller, L’OBS, 31.08.2015).

     Viendront donc « La ferme de la terreur » en 1981 et « La créature des marais » en 1982.

     Mais c’est réellement en 1984 que Wes Craven exposera son talent au monde entier en inventant un personnage qui fera son apparition pour la toute première fois dans le désormais cultissime « Les griffes de la nuit », j’ai nommé : le sieur Freddy Kruegger.

Les griffes de la nuit

Affiche du film « Les griffes de la nuit », (A Nightmare on Elm Street), 1984.

 

     Pour ceux qui n’en n’auraient jamais entendu parler, disons que Freddy est une sorte de croque mitaine au visage brûlé, toujours vêtu d’un pull miteux rayé rouge et vert et coiffé d’un chapeau cabossé. La grande classe, quoi ! Mais tout cela ne serait rien s’il ne s’amusait pas à poursuivre inlassablement les adolescents de la rue d’Elm Street afin de les étriper pendant leur sommeil. Car comme tout bon croque mitaine, Freddy arrive lorsque la nuit tombe et que nos héros s’endorment. Il apparaît alors dans leurs rêves (euh… leurs cauchemars serait plus adapté !) afin de les faire passer par le fil de ses lames de rasoir. Ah oui parce que je ne vous l’ai pas dit, mais Freddy Krugger porte un gant à la main droite surmonté par quatre belles griffes d’acier. Comme aurait dit Coluche, « c’est joli mais faut être connaisseur ».

     Freddy étant très joueur, il s’amusera souvent à les faire crisser sur les murs lorsqu’il traquera ses victimes. Tout l’intérêt des différents opus qui suivront l’original, résidera dans la manière à chaque fois particulièrement inventive que Freddy trouvera pour trucider ses victimes (car c’est bien connu, dans un rêve il peut arriver à peu près n’importe quoi, et ça, les producteurs et réalisateurs l’ont très bien compris).

 

 

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Freddy Kruegger

 

     Non content d’être un énorme succès commercial, le film de Craven offrira ainsi au monde celui qui restera comme l’un des plus célèbres méchants du cinéma d’épouvante avec Jason Voorhees. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais dans les années 80’, Jason et Freddy incarnaient à eux seuls les films de slashers. Trente ans plus tard, il est incontestable que ces deux affreux symbolisent à eux seuls tout un genre et sont désormais élevés au rang d’icônes dans la pop culture.

     Afin d’illustrer mon propos, je peux vous confesser qu’étant enfant, les murs de ma chambre étaient littéralement tapissés d’affiches de films de Freddy, au grand dam de ma mère qui se demandait déjà à l’époque comment on pouvait apprécier de telles horreurs ! Toujours avec mon pote Tristan (le même qui m’avait fait découvrir « Massacre à la tronçonneuse ») mes séances cinéma du samedi soir ne pouvaient être complètes sans le visionnage d’un des nombreux opus de la saga des « Freddy ».

     Dans un des magazines de cinéma de l’époque qui traitait déjà du phénomène de « L’homme aux griffes » (magazine qui est toujours chez ma mère) il m’avait semblé lire que Wes Craven avait eu l’idée d’inventer son personnage suite à la lecture d’un article relatant la mort mystérieuse de plusieurs adolescents pendant leur sommeil. En préparant cet article, je n’ai trouvé nulle trace de cette anecdote, mais plutôt une variante de celle-ci. Craven se serait souvenu d’un article du Los Angeles Times qu’il aurait lu étant enfant et qui relatait l’histoire d’un homme qui faisait d’horribles cauchemars chaque nuit, tant et si bien qu’il finit par ne jamais se réveiller de l’un d’eux. Craven relatera également une autre anecdote de son enfance (et là encore comme dans mon précédent article sur Tobe Hooper et son « Massacre à la tronçonneuse », on voit combien l’enfance ne cesse de nous revenir toute notre vie). Etant enfant, le réalisateur aurait vu de sa fenêtre un vieillard vêtu d’un chapeau passer dans la rue. Ce dernier se serait alors arrêté et aurait fixé du regard le jeune garçon, avant de faire mine de vouloir rentrer dans l’immeuble pour venir le chercher. Wes Craven s’inspirera de ce vieillard afin de créer son personnage de croque mitaine. Le prénom de « Freddy » quant à lui sera l’homonyme d’un petit vaurien qui s’amusait a brutaliser le jeune Wes à l’école.

     Bien que la saga « Freddy » compte à ce jour environ neuf opus, Wes Craven n’en aura réalisé que deux : le tout premier, « Les griffes de la nuit » (A Nightmare on Elm Street) en 1984, qui verra les débuts d’acteur de Johnny Depp et qui recevra le Prix de la Critique du Festival d’Avoriaz en 1985, et le septième « Freddy sort de la nuit » (New Nightmare) en 1994. Dans toute la saga, à l’exception du remake des « Griffes de la nuit » sorti en 2010 et réalisé par Samuel Bayer, l’acteur Robert Englund incarnera Freddy Kruegger.

     Après le succès des « Griffes de la nuit » en 1984, Wes Craven sera intronisé « Grand Maître de l’Horreur » au côté de John Carpenter.

     Suivront ensuite des films comme « Shoker » en 1989 et « Le sous-sol de la peur » en 1991. Mais c’est réellement en 1996 et la sortie de « Scream » avec son tueur au couteau et son masque de fantôme hurleur que Wes Craven fera à nouveau parler de lui. Ce sera un carton plein pour ce slasher moderne qui comptabilisera pas moins de 173 millions de dollars au box-office mondial. Le film recevra le Grand Prix du Festival Fantastique de Gérardmer la même année.

 

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Ghost Face dans « Scream »

 

     Dans la foulée de ce succès, Craven réalisera trois autres suites à « Scream » de 1997 à 2011.

     Devenue un véritable phénomène de société, la saga des « Scream » confortera définitivement aux yeux de tous Wes Craven à sa place de « Grand Maître de l’horreur ».

 

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Wes Craven en « Freddy Kruegger »

 

     Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis cette année 1984 et l’avènement de son tueur fantastique, mais trente ans après, il m’arrive parfois de me souvenir de cette petite comptine qui ponctuait l’apparition de Freddy dans chacun des films et dont je me souviens encore par cœur : « Un, deux, Freddy te coupera en deux… Trois, quatre, remonte chez toi quatre à quatre… Cinq, six n’oublie pas ton crucifix… Sept, Huit surtout ne dors pas la nuit… Neuf, dix Freddy est caché sous ton lit ! ».

     Eh oui, Monsieur Craven… Vous avez fait rêver des tas d’enfants qui vont désormais veiller sur votre héritage. Merci pour la leçon. Et surtout, merci pour le fun. Vous pouvez dormir tranquille, vous êtes maintenant immortel.

     Allez, bonne nuit Monsieur Craven. Et ne faites pas trop de cauchemars…

 

S.G

02 sept 2015

Interview de Stephen King pour le magazine Rolling Stone


Interview de Stephen King pour le magazine Rolling Stone

Par Andy Greene | 31 Octobre, 2014

(J'ai traduit cette interview à l'aide de mes souvenirs de cours d'anglais qui remontent à... euh... presque une bonne vingtaine d'années! La traduction n'est peut-être pas toujours exactement fidèle, pardon par avance aux puristes. S.G)


Le bureau de Stephen King  se trouve dans un immeuble situé dans une impasse particulièrement morne, à la périphérie de Bangor dans le Maine, juste en bas d’une armurerie, d’un concessionnaire de chasse-neige et, comme il se doit, d’un vieux cimetière. De l'extérieur, le bâtiment anonyme ressemble à une nouvelle branche de Dunder Mifflin, un choix d’ailleurs très délibéré, destiné à recevoir King et le personnel de sécurité. "Nous ne pouvons pas être dans une grande rue parce que les gens nous trouveraient facilement», dit l'un de ses assistants. "Et ce ne sont pas toujours que des gens que vous voudriez rencontrer. Il attire des personnes bizarres."

Une fois passé la porte, le visiteur pénètre dans une sorte de musée dédié à Stephen King  - chambres décorées avec dessins de fans recréant les personnages de ses romans, une figurine Simpson de Stephen King, la tête du clown maléfique de son livre, « ça », paru en 1986, et des piles et des piles de livres. Il possède également une vieille maison gothique (avec des toiles d'araignées et des chauves-souris sur la porte d'entrée) à quelques miles de là, qui attire des cars entiers de touristes, mais il n’y est pratiquement jamais. La plupart de l'année, il vit à deux heures et demie de route d’ici, à Lovell, dans le Maine. Aujourd’hui, avec ses trois grands enfants, lui et sa femme, Tabitha, vivent plus bas, à Sarasota en Floride, dès qu’arrive l'hiver.


King lui-même ne vient dans ce bureau qu’une fois par mois, mais aujourd'hui, il s’y est arrêté et, comme d'habitude, il jongle entre beaucoup de projets à la fois. Il vient juste de peaufiner le projet final de son prochain livre sur un tueur en série  « Finders Keepers » (une suite de son récent travail « M. Mercedes »), un exploit assez étonnant vu qu'il publiera également deux livres cette année, écrira un scénario pour le nouveau film de Joan Allen / Anthony LaPaglia « A Good Marriage » et qu’il continuera de peaufiner « Brothers of Darkland Country », une comédie musicale qu'il a écrit avec John Mellencamp.


Mais en ce moment, notre homme de 67 ans est assis sur un fauteuil dans son bureau, grignotant un beignet tout en laissant tomber des monceaux de sucre en poudre sur son tee-shirt noir à col roulé. Il est tout excité par la publication prochaine de son livre, « Revival », une histoire de Frankenstein moderne sur un prédicateur obsédé par les pouvoirs de guérison de l'électricité et  ami depuis 50 ans avec un guitariste de rock bouffé par la drogue. Le livre est presque assuré de finir numéro un sur la liste des best-sellers du New York Times.
Depuis 1974, année où Carrie a pulvérisé des records d’édition, King a vendu environ 350 millions de livres, et il pèse maintenant une centaines de millions de dollars. John Grisham et E.L. James, l’auteur de « Fifty Shades of Grey »  vendent plus que lui en ce moment, mais King a vraiment un problème. "Il n’est pas compétitif», dit son agent de longue date Chuck Verrill. "Le seul gars dont il ne se soit jamais soucié fût Tom Clancy. Ils étaient tous les deux à la fois à Penguin, et il a été précisé à King qu'il était considéré comme la deuxième banane de Clancy. Il n’était pas comme ça, mais il était très content d’en être arrivé là. "

King  n'a pas accordé beaucoup d’interviews depuis son accident de la voie publique avec un van qui failli le tuer il y a 15 ans, mais il a décidé de se poser avec Rolling Stone pour discuter de sa vie et sa carrière.


La grande majorité de vos livres traitent soit de l'horreur soit du surnaturel. Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire sur ces sujets?

Ça c’est fait comme ça. Voilà tout. Le premier film que j’ai vu était un film d'horreur. C’était Bambi. Le passage où ce petit cerf est pris dans un feu de forêt, je suis terrifié, mais je suis aussi euphorique. Je ne peux pas l'expliquer. Ma femme et mes enfants boivent du café. Mais je n’en bois pas. Je préfère le thé. Ma femme et mes enfants ne mangent jamais de pizza aux anchois. Mais moi, j'aime les anchois. Le truc qui a fait de moi ce que je suis m’a été fourni à la naissance.


Avez-vous déjà ressenti de la honte à ce sujet?
Non, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à faire peur aux gens. Je savais aussi que c’était socialement acceptable, car il y avait déjà beaucoup de films d'horreur qui existaient. Et je me suis fait les dents sur les bandes dessinées d'horreur comme « The Crypt of Terror ».


En écrivant des romans d'horreur, vous avez donné ses lettres de noblesse à l’un des genres les moins respectés de fiction.
Ouais. C’est l'un des genres qui vit entre les lignes dans la littérature, mais que pouvais-je y faire? Voilà ce qui m’a attiré. J'aime D.H. Laurent. Et la poésie de James Dickey, Émile Zola, Steinbeck. . . Fitzgerald, pas tellement. Hemingway, pas du tout. Hemingway craint, fondamentalement. Ces gens-là sont formidables. Mais si je me mets à écrire de cette façon, ce qui en serait sorti aurait été creux et sans vie, car ce n’était pas moi. Et je dois dire ceci: Dans une certaine mesure, j'ai élevé le genre de l'horreur.

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Rares sont ceux qui le nient.
Le genre est plus respecté aujourd'hui. Je me suis battu toute ma vie contre l'idée d’avoir à rejeter des pans entiers de fiction en disant simplement que c’est un «genre» et ne peut donc pas être considérée comme de la littérature. Je ne veux pas être prétentieux ou quoi que ce soit. Raymond Chandler a élevé le genre policier. Ces gens qui ont fait un travail formidable, ont vraiment tracé la voie.


« Hemingway craint. Si je me mets à écrire de cette façon,  ç’aurait été creux et sans vie, car ce n’était pas moi. »


Beaucoup de critiques ont été assez virulents avec vous lorsque vous débutiez.
Au début de ma carrière, « The Village Voice » a fait une caricature de moi qui me fait mal encore aujourd'hui quand j’y repense. C’était une photo de moi en train de manger de l'argent. J’avais cet immense visage tout gonflé. Il y avait ce présupposé douteux que si la fiction se vendait beaucoup, c’est que c’était mauvais. Si quelque chose est accessible à beaucoup de gens, ça doit automatiquement être stupide parce que la plupart des gens sont stupides. Et c’est élitiste. Je ne l'achète pas.


Mais ce présupposé existe encore aujourd’hui. Ce critique littéraire, Harold Bloom, vous a violemment descendu en flèche lorsque vous avez remporté le « National Book Award » il y a environ 10 ans.
Bloom ne m'a jamais énervé parce qu'il y a partout des gens qui passent leur temps à critiquer, et Bloom est l'un d'entre eux. Ils prennent leur ignorance de la culture populaire comme un badge de prouesses intellectuelles. Bloom pourrait être en mesure de dire que Mark Twain est un grand écrivain, mais il est impossible pour lui de dire qu'il y a un lien direct, disons, entre Nathaniel Hawthorne et Jim Thompson parce qu'il ne lit pas les gars comme Thompson. Il pense simplement: «Je ne le lis jamais, mais je sais qu'il est terrible."

Michiko Kakutani, qui a écrit des critiques pour le New York Times, est aussi comme ça. Elle va examiner un livre comme celui de David Mitchell, « The Bones Clocks » qui est l'un des meilleurs romans de l'année. Il est aussi bon que « The Goldfinch » de Donna Tartt, avec le même genre de résonance littéraire profonde. Mais parce qu'il a des éléments de fantasy et de science-fiction, Kakutani ne veut pas chercher à comprendre. En ce sens, Bloom et Kakutani et un certain nombre d'éminences grises de la critique littéraire sont comme des enfants qui disent: «Je ne veux pas manger ce repas parce que les différents types d'aliments se touchent sur l’assiette!"

Les critiques de cinéma peuvent regarder un film populaire comme « Jaws » et l’encenser, puis en même temps, ils vont vous descendre pour « The Stand ».
Par sa nature même, le film est censé être un média accessible à tout le monde. Avouons-le, vous pouvez prendre un putain d’analphabète et le mettre devant Jaws et il peut comprendre ce qui se passe. Je ne sais pas qui est Harold Bloom dans le monde du cinéma, mais si vous trouvez quelqu'un comme ça et que vous lui dites, " Comparez donc Jaws avec 400 coups de François Truffaut," Il se mettrait à rire et dirait: «Eh bien, Jaws est un divertissement populaire de merde, mais 400 coups, c’est du cinéma ". C’est le même élitisme.


Changeons de sujet, votre nouveau livre « Revival » parle beaucoup de religion. Plus précisément, l'un des deux personnages principaux est un révérend qui se détourne de Dieu lorsque sa famille meurt, mais il délivre également un sermon sur la raison pour laquelle la religion est une fraude complète. Cela reflète-t-il vos propres croyances?
Mon point de vue est que la religion organisée est un outil très dangereux qui a été utilisé par un grand nombre de personnes. J’ai grandi dans la foi méthodiste, et nous sommes allés à la messe chaque dimanche, et l’été, à l'Ecole Biblique. On n'a pas eu le choix. On a dû le faire. Donc, tout ce qui concerne la religion pendant l'enfance dans  « Revival » est essentiellement autobiographique. Mais comme tout enfant, je doutais. Quand je suis allé à la bourse des jeunes méthodistes, on nous a dit que les catholiques iraient tous en enfer parce qu'ils adoraient des idoles. Alors là, je me dis, "les catholiques vont aller en enfer, mais ma tante Molly a épousé un catholique et elle s’est convertie et elle a eu 11 enfants et ils sont tous plutôt sympas et l'un d'eux est même un bon ami - ils vont tous aller en enfer? "Je me disais: «Ce sont des conneries." Et si ce sont des conneries, est ce que tout le reste n’en serait pas non plus ?


Avez-vous parlé de vos doutes à votre mère?
Jésus, non! Je l'aimais. Je ne l'aurais jamais fait. Une fois que je suis arrivé à l'école secondaire, ce fût une affaire privée. Quand vous voyez quelqu'un comme Jimmy Swaggart  qui est censé être ce grand prédicateur touché par Dieu, et qu’il va se payer des putes parce qu'il veut regarder sous leurs robes, vous comprenez que tout ça n’est que pure hypocrisie.


Tout cela étant dit, vous avez clairement affirmé au fil des ans que vous croyez encore en Dieu.
Ouais. J’ai choisis de croire en Dieu parce que cela rend les choses mieux. Vous avez un axe de méditation, une source où puiser votre force. Je ne me demande pas: «Eh bien, est ce que Dieu existe ou n’existe-t-il pas ?" J’ai choisis de croire que Dieu existe, et donc je peux dire, "Dieu, je ne peux pas le faire par moi-même. Aidez-moi à ne pas prendre un verre aujourd'hui. Aidez-moi à ne pas prendre un médicament aujourd'hui." Et ça fonctionne très bien pour moi.


Croyez-vous en la vie après la mort?
Je ne sais pas. Je suis totalement agnostique sur ce point. Disons-le de cette façon, je veux croire qu'il y a une sorte d'au-delà. Je crois que lorsque nous sommes en train de mourir, tous ces circuits d'urgence dans le cerveau prennent le relais. Je ne fonde pas ce que je dis sur des preuves empiriques. Je pense qu'il est très possible que lorsque vous êtes en train de mourir, ces circuits s’ouvrent, ce qui expliquerait toutes ces histoires de lumière blanche - quand les gens meurent cliniquement et qu’ils voient leurs parents et tout un tas d'autres personnes et qu’ils disent: «Bonjour, que c’est bon de vous voir. "


Espérez-vous aller au ciel?
Je ne veux pas aller vers ce paradis qu’on m’a dépeint quand j’étais enfant. Il me semble ennuyeux. L'idée que vous allez flâner sur un nuage toute la journée à écouter des gars jouer de la harpe… Je ne veux pas écouter les harpes. Je veux écouter Jerry Lee Lewis!


Avez-vous d’autres croyances plus fortes? Seriez-vous plus rassurés si vous aviez davantage de certitude?
Non, je pense que l'incertitude est une bonne chose. La certitude engendre la complaisance et l'autosatisfaction, cela signifie en gros que vous vous asseyez quelque part dans votre jolie petite maison de banlieue confortable dans le Michigan, en regardant CNN et que vous dites, "Oh, ces enfants de pauvres immigrés qui traversent la frontière. Mais nous ne pouvons vraiment pas les prendre chez nous – Ce n’est pas ce que Dieu veut. Laissons les cartels de la drogue s’en charger". Il y a une certaine forme de complaisance à dire cela.

Et l’enfer ? Croyez-vous qu'il y ait une telle chose?
Je crois à l’enfer, mais toute ma vie je me suis interrogé si oui ou non il y avait un enfer, là dehors, si oui ou non il y avait une force dans le monde qui voulait vraiment nous détruire, de l'intérieur, individuellement et collectivement. Ou si tout cela vient de nous-même et que tout cela fait partie de la génétique et de l'environnement. Quand vous trouvez quelqu'un comme, disons, Ted Bundy, qui a torturé et tué toutes ces femmes et parfois revenait pour avoir des relations sexuelles avec les cadavres, je ne pense pas que lorsqu’on regarde son éducation, vous pouvez dire, "Oh, c’est parce que sa maman a mis une pince à linge sur sa bite quand il avait quatre ans. " Ce comportement était déjà là, câblé. Le mal est à l'intérieur de nous. Plus je vieillis, moins je pense qu'il y a une sorte d'influence diabolique à l'extérieur; il vient des gens. Et si nous sommes en mesure de répondre un jour à cette question, tôt ou tard, putain nous finirons par tous nous tuer !


« Misery » est un livre sur la cocaïne. Annie Wilkes est la cocaïne. Elle était mon fan numéro.


Que voulez-vous dire?
J’ai lu quelque chose sur Huffington Post il y a environ un mois qui m’est resté en tête. C’était très troublant. C’était dans un article de vulgarisation scientifique, qui est tout ce que je peux comprendre. Ça disait que nous écoutions les étoiles depuis 50 ans, à la recherche de tout signe de vie, et qu’il n'y avait rien d’autre que le silence. Quand vous voyez ce qui se passe dans le monde aujourd'hui, tous ces conflits, et que notre expertise technologique a beaucoup dépassé notre capacité à gérer nos propres émotions - vous voyez en ce moment avec ISIS - quelle est la solution? La seule solution que nous voyons avec ISIS est de bombarder la merde sur ces enculés de sorte qu'ils ne peuvent tout simplement pas envahir le monde entier. Et ce qui est effrayant avec le silence - peut-être toutes les races intelligentes frappées de ce niveau de violence et de progrès technologiques ne peuvent pas changer le passé.


Donc vous pensez que le destin de l'humanité est de s’auto détruire un jour ou l’autre ?
Je ne peux pas lire l’avenir, mais il est bien triste. L'épuisement des ressources et tout ça. J’aime les Républicains. Chaque fois qu'il est question d'argent - la dette nationale, par exemple - ils ouvrent leurs gueules pour dire : "Que vont devenir nos petits-enfants?" Mais quand ils parlent de l'environnement, des ressources, ils disent un truc comme, «Nous sommes OK pour encore 40 ans."


Je veux parler de l'écriture maintenant. Expliquez-moi votre journée type quand vous travaillez sur un livre.
Je me réveille. Je petit déjeune. Je marche environ trois miles et demi. Je reviens, je vais à mon petit bureau, où je travaille sur mon manuscrit, et je relis la dernière page. Je lis cela, et c’est comme monter dans une voiture et prendre la route. Je suis alors capable de rentrer de nouveau dans ce monde, quel qu'il soit. Je ne passe pas toute la journée à écrire. Je vais peut-être écrire pendant deux heures, et puis je vais y revenir et revoir certains feuillets, imprimer ce que je veux et puis éteindre l’ordinateur.


Le faites-vous chaque jour?
Chaque jour, même le week-end. Avant j’écrivais plus et plus vite. Je vieillis c’est tout ! Ça vous ralentit un peu.


L'écriture est-elle une addiction pour vous?
Ouais. Bien sûr. J’aime écrire. Et c’est l'une de ces rares choses qui m’apporte toujours beaucoup. Habituellement avec la dope et l'alcool, vous en prenez de plus en plus pour obtenir de moins en moins avec le temps qui passe. C’est toujours très bon, mais c’est un comportement addictif, obsessionnel-compulsif. Donc, je vais écrire tous les jours peut-être pendant six mois et obtenir quelque chose - et puis je m’arrête complètement pendant 10 ou 12 jours afin de laisser tout reposer. Mais pendant ce temps libre, je rends ma femme complètement folle. Elle me dit: « Ne traine pas dans mes pattes, sors de la maison, va faire quelque chose - peindre un nichoir, n’importe quoi"
Alors, je regarde la télé, je joue de la guitare et passe le temps, et puis quand je vais au lit le soir, je fais tous ces rêves dingues, pas très agréable la plupart du temps, parce que tout ce qui vous pousse à écrire des histoires, ça ne veut absolument pas s’arrêter. Donc, si ça ne va pas sur la page blanche, ça doit aller quelque part, et j’ai tous ces rêves. Ce sont toujours ces rêves qui se focalisent sur une sorte de honte ou d'insécurité.

Comme quoi ?
Celui qui revient sans cesse est celui dans lequel je suis dans une pièce, et je joue au théâtre et c’est la soirée d'ouverture et non seulement je ne peux pas trouver mon costume, mais je me rends compte que je n'ai jamais appris mon texte.


Comment interprétez-vous cela?
C’est simplement de l’insécurité - peur de l'échec, peur d’être à sec.


Craignez-vous toujours l’échec après toutes ces années de succès?
Bien sûr. Je crains toutes sortes de choses. Je crains de ne pas être à la hauteur de l’histoire que j’écris  - que l’inspiration ne viendra pas, ou que je ne serai pas capable de la finir.


Pensez-vous que votre imagination est plus active que la plupart des gens ?
Je ne sais pas, mec. Elle est plus entrainée. Ça fait mal d’imaginer toutes ces choses. Ça peut vous donner un mal de tête. Probablement ça ne fait pas mal physiquement, mais ça fait mal mentalement. Mais plus vous écrivez, plus vous êtes en mesure de sortir tout ça de votre crâne. Tout le monde a cette capacité, mais je ne pense pas que tout le monde la développe.


Très bien, mais très peu de gens peuvent faire ce que vous faites.
Je me souviens de l’époque où je n’étais qu’un jeune étudiant, écrivant des histoires et des romans, dont certains ont fini par être publiés et d'autres qui ne l'ont pas été. C’en était à un point que ma tête menaçait d’éclater- il y avait tant de choses que je voulais écrire à la fois. J’avais tellement d'idées, coincées là. C’était comme si elles avaient juste besoin d’une permission pour sortir. J’avais cette immense réserve d'histoires que je voulais raconter et qui étaient contraint de sortir par un tout petit tuyau pour s’évacuer. Il y a encore beaucoup de ça, mais pas autant maintenant.


Quand avez-vous eu l'idée d’écrire « Revival » ?
Depuis que je suis gamin, vraiment. J’ai lu cette histoire appelée « Le Grand Dieu Pan » à l'école secondaire, et il y avait ces deux personnages qui attendaient de voir si cette femme pourrait revenir d'entre les morts et leur dire ce qu’il y avait là-bas. Ça me trottait constamment en tête. Plus j'y pensais, et plus je pensais à cette créature de Frankenstein de Mary Shelley.


Combien de temps a-t-il fallu pour l'écrire?
Je l'ai commencé dans le Maine et terminé en Floride. Un véritable livre prend au moins un an. Un premier jet peut être un peu brut de décoffrage, et puis vous épurez, vous enlevez les mauvaises choses. Quelqu'un demanda un jour à Elmore Leonard : «Comment vous-y prenez-vous pour écrire un livre que les lecteurs ont envie de lire?" Et il a dit, "Vous laissez de côté la merde ennuyeuse."


Avez-vous mis un peu de vous-même dans le personnage de Jamie?
Oui, bien sûr. Jamie est un mec qui est devenu accro à la drogue après un accident de moto, et j'ai également eu un problème de drogue depuis… oh mec, je ne sais plus ! Je suppose que mon problème de drogue remonte à l’époque du collège.


Vous avez également eu un grave problème d'alcool. A partir de quand cela est-il devenu un réel problème?
J’ai commencé à boire à l’âge de 18 ans, j’ai compris que je devais avoir un problème à l'époque où le Maine est devenu le premier État du pays à adopter la loi des consignes sur les bouteilles et les canettes. Vous ne pouviez plus juste balancer toute la merde là, c’était désormais consigné, et vous deviez recycler. Et personne dans la maison ne buvait mis à part moi. Ma femme buvait un verre de vin et c’était tout. Je suis donc allé dans le garage un soir, et la poubelle pour les canettes de bière était pleine à ras bord.
Elle était pourtant vide la semaine précédente. Je buvais, environ un pack de bière par soir. Et j’ai alors pensé : «Je suis un alcoolique." Ce fut probablement vers '78, '79. Je me suis dit : «Je dois faire très attention, parce que si quelqu'un dit:« Vous buvez trop, vous devez arrêter ça, je n’en aurai pas été capable. "


Etiez-vous ivre quand vous écriviez le matin à l'époque?
Pas vraiment. Je ne buvais pas dans la journée mais en soirée. Et si je travaillais la nuit, je buvais en boucle. Mais je n’ai jamais écrit de trucs originaux la nuit, je ne faisais que réécrire.

À quel moment les drogues dures sont-elles arrivées ?
C’était probablement en 78, durant cette même période où je réalisais ma dépendance à l'alcool. Eh bien, je croyais tout maitriser, mais en réalité, je ne maitrisais rien.


Vous avez pris de la cocaïne?
Ouais, d’la cocaïne. Je fus un gros consommateur de 1978 à 1986, quelque chose comme ça…


Avez-vous écrit en étant drogué ?
Oh, oui, j’ai dû le faire. Je veux dire,  la cocaïne était différente de l'alcool. L’alcool, je pouvais attendre, et je ne buvais pas. Mais la cocaïne, j’en prenais tout le temps.


Vous aviez eu trois jeunes enfants à l'époque. Cela a dû être très stressant de garder cet énorme secret tout en essayant de garder vos responsabilités ?
Je ne me souviens pas.


Vraiment?
Non, toute cette période est assez floue pour moi. Je n’en prenais pas quand il y avait des gens autour de moi. Et je ne suis pas un buveur « social ». J’avais l’habitude de dire que je ne voulais pas aller dans les bars parce qu'ils étaient pleins de trous du cul comme moi.

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J’essaye de comprendre comment vous avez vécu toute cette vie secrète de toxicomane pendant huit ans, écrivant des best-sellers d’un côté et en étant un père de famille de l’autre.
Eh bien, je ne peux plus le comprendre maintenant, soit, mais sur le moment, vous faites ce que vous avez à faire. Et quand vous êtes un toxicomane, vous vous droguez. Donc, vous essayez juste d’équilibrer les choses du mieux que vous le pouvez. Mais peu à peu, la vie de famille a commencé à montrer des fissures.
J’arrivais quand même à faire illusion. J’étais en mesure de me lever et de faire le petit déjeuner pour les enfants et de les amener à l'école. Et j’étais fort; j’avais beaucoup d'énergie. Je me suis tué autrement. Mais les livres commencent à montrer tout ça après un certain temps. « Misery » est un livre sur la cocaïne. Annie Wilkes est la cocaïne. Elle était ma fan numéro un.


La qualité de votre écriture en a-t-elle pâtie ?
Oui, bien sûr. Je veux dire, Les « Tommyknockers » est un mauvais livre. Ce fut le dernier que j'ai écrit avant de me sevrer. Et j'y ai beaucoup pensé ces derniers temps et je me disais: «Il y a vraiment un bon livre là-dedans, en dépit de toute la fausse énergie que la cocaïne a donné, et je dois revenir en arrière." Le livre fait d'environ 700 pages, et je pense, "Il y a probablement un bon roman de 350 pages là-dedans."


Le Tommyknockers est-il le seul livre que vous pensez avoir bâclé?
Eh bien, je n'aime pas beaucoup « Dreamcatcher ». Dreamcatcher a été écrit après mon accident. [En 1999, King a été renversé par une camionnette alors qu’il se baladait et à eut tout le côté gauche grièvement touché.] Je prenais beaucoup d’Oxycontin contre la douleur. Et je ne pouvais pas travailler sur un ordinateur à l'époque, car la position assise me faisait trop mal. Donc j'ai écrit la plupart du texte à la main. Et j’étais assez défoncé quand je l'ai écrit, à cause de l'Oxy, et c’est là encore  un livre qui montre les ravages des drogues.


Si vous aviez à choisir votre meilleur livre, quel serait-il?
L'histoire de Lisey. C’est le seul que je considère comme un livre important pour moi car il parle du mariage, et je n'avais jamais écrit sur ce sujet. Je voulais parler de deux choses: l'une est le monde secret que les gens construisent au sein même de leur mariage, et l'autre est que, même dans cette intimité de couple, il y a encore des choses que nous ne connaissons pas sur l’autre.


Avez-vous terminé l'écriture des livres « La Tour Sombre » ?
Je n’en ai jamais vraiment finit avec « La Tour Sombre ».  Quand les livres de « La Tour Sombre » n’étaient pas encore édités, je les regardais comme des premières ébauches. Et au moment où je suis arrivé au cinquième ou sixième livre, je me suis dit : «Ceci est vraiment tout un roman." Ça me rend fou. Le truc c’est qu’il faut essayer de trouver du temps pour les réécrire. Il y a un élément manquant - une grande bataille à un endroit appelé Jericho Hill. Et tout doit être écrit, et j'y ai pensé plusieurs fois, et je ne sais pas comment m’y prendre.


Vous avez accumulé une grosse fortune au fil des ans. Beaucoup de gens s’en contenteraient, ils achèteraient des maisons à Hawaii et dans le Sud de la France et les rempliraient de Picasso. Ce n’est évidemment pas votre truc, alors que faites-vous de votre argent ?
J’aime avoir de l'argent pour acheter des livres, aller au cinéma et acheter de la musique et tous ces trucs. Pour moi, la plus belle chose au monde est le téléchargement des émissions de télévision sur iTunes car il n'y a pas de publicités, et pourtant, si j’étais un travailleur acharné, je ne pourrais jamais me permettre de le faire. Mais je ne pense même pas à l'argent. J’ai deux choses étonnantes dans ma vie: je me suis fait sans faire du mal à autrui et je suis libre de toute dette. L'argent me permet d’aider ma famille et toujours faire ce que je l'aime. Pas beaucoup de gens ne peuvent en dire autant dans ce monde, et encore moins les écrivains. Je ne suis pas très fringues. Je n’ai pas de bateau. Nous avons une maison en Floride. Mais nous vivons dans le Maine, pour l'amour du Christ. Ce n’est pas une région à la mode ou quoi que ce soit. Nous avons des maisons et des trucs. Ma femme aime tout cela. Mais moi, ça ne m’intéresse pas trop. J’aime les voitures, parce que j’ai grandi dans ce pays où avoir une voiture était important. Nous avons donc plus de voitures que nous en avons besoin, mais c’est bien là notre plus grande extravagance.


Quand vous regardez ces gars avec de gros fonds d’investissements vivre comme des rois…
Ça m’est totalement étranger. J’ai vu « Le loup de Wall Street », et il m’a semblé que ce type vivait ce genre de style de vie, épuisant. L'argent pour l'amour de l'argent ne m’intéresse pas. Nous en avons beaucoup et nous en donnons beaucoup.

 

J'ai lu que vous faisiez des dons de bienfaisance, mais vous ne dites pratiquement jamais où ils vont.
Nous avons été élevés à croire fermement que si vous donnez de l'argent en en faisant des tonnes, de manière à ce que tout le monde le remarque, eh bien, c’est de l’orgueil. Vous le faites pour vous-même, et vous n'êtes pas censé en faire des caisses à ce sujet. Nous avons reconnu publiquement certaines contributions, mais l'idée sous-jacente était de dire aux autres, "Ceci est l'exemple que nous essayons de donner, nous souhaiterions que vous fassiez la même chose."
Donc, si vous donnez 1 million $ à « l'Hôpital Général de l'Est du Maine », vous le faites parce que vous espérez que quelqu'un d'autre le fera aussi. Je ne suis pas opposé à ce que ma célébrité serve à quelque chose. Je vais faire une pub TV pour le candidat démocrate Shenna Bellows cet après-midi. Elle se présente contre Susan Collins pour le Sénat. Et je ne sais pas quelle est ma côte de popularité dans ce pays, mais je pense que c’est plutôt pas mal, alors peut-être l'annonce va-t-elle faire une différence.


Craignez-vous que faire trop politique finisse par éloigner certains de vos lecteurs?
Ça arrive tout le temps. J'ai écrit un e-book après ce truc à Newtown, Connecticut, quand ce gars a tiré sur tous ces enfants. J’ai reçu beaucoup de lettres, quelqu'un a dit, "Trou du cul ! Je ne lirais plus jamais un autre de vos livres maudits." Et alors? Si vous en êtes rendu à un point où vous ne pouvez pas séparer le divertissement de la politique, qui a besoin de vous? Jésus-Christ.
Je n'ai jamais vraiment apprécié les livres de Tom Clancy, mais ce n’était pas parce qu'il était républicain. C’est parce que je ne pensais pas qu'il pouvait écrire. Il y a un autre gars qui doit sans doute être un écrivain, plutôt de droite. Il s’appelle Stephen Hunter. Et j’aime ses livres. Je ne pense pas qu'il aime les miens.


Votre père est parti quand vous aviez deux ans. De quelle manière peut-on dire que son absence a façonné votre vie?
Je ne sais pas. Je ne passe pas mon temps à analyser tout ce qui m’est arrivé dans la vie, mais je me souviens lorsque Tabby et moi nous sommes mariés, en '71. Je me souviens m’être allongé sur le lit avec elle, me retourner et lui dire: «Nous devons nous marier." Et elle de me dire: «Laisse-moi y réfléchir pendant la nuit."

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En 1952, 3 ans après son père a quitté sa famille. (Photo: Gracieusement mise à disposition par la famille King)


Et au petit matin, elle m’a dit, "Oui, nous devrions nous marier." Nous n’avions rien. Je veux dire, je travaillais dans une station essence comme pompiste. Et puis, quand j’ai été diplômé, elle était encore à l’Université. Puis, quand j’ai obtenu un emploi  dans une blanchisserie parce que je ne parvenais pas à obtenir un poste d'enseignant, nous faisions n’importe qu’elle merde pour avoir un peu d'argent. Elle travaillait dans un Dunkin 'Donuts quand j’ai finalement obtenu un poste d'enseignant. Nous n’avions pas de téléphone dans la maison, et nous avions deux bébés. Ne me demandez pas pourquoi nous avons fait ça. Je ne me souviens pas dans quel état d'esprit nous étions à cette époque.


En sachant tout ça aujourd’hui, le feriez-vous de nouveau?
Nous avons dû être des putains de fous, mais j’aime ces enfants, et je suis heureux de les avoir eus. Elle allait travailler au Dunkin 'Donuts. Elle était si mignonne dans ce petit uniforme rose. Mon Dieu, elle était si belle. Elle est toujours belle pour moi, mais oh, mon Dieu. Et il y avait quelque chose de sexy dans ce petit nylon rose.
Elle ramenait les seaux vides des beignets, et nous les utilisions comme seaux à couches. Donc, j’enseignai à l'école, rentrai à la maison, elle travaillait au Dunkin 'Donuts. Je m’occupai des enfants et leur donnai leurs biberons et je les changeai et tout et tout, jusqu'à ce qu'elle rentre à la maison à 23h00. Et puis nous allions au lit. Et je me disais, "je ne la quitterais jamais, peu importe ce qui se passe."


Votre père est mort en 1980. Avez-vous déjà tenté de le rencontrer, ne serait-ce que pour entendre sa version de l'histoire?
Non, j’étais curieux de le voir quand j’étai enfant. Je me disais: «Je tiens à le retrouver et à lui faire une tête au carré." Et puis, plus tard, je me suis dit, "je tiens à le retrouver pour entendre sa version de l'histoire et ensuite lui faire une putain de tête au carré." Parce qu'il n'y a aucune excuse pour cela. Il n’était pas seul quand il est parti en nous laissant- il a quitté notre mère avec tout un tas de dettes qu’elle a dû rembourser en travaillant.


Qu'est-ce qui vous vous a arrêté?
J’étais bien trop occupé. Je tentais de me construire une carrière comme écrivain. Et quand je donnais des cours à l'école, je revenais à la maison et essayais de me dégager quelques heures pour écrire. Pour te dire la vérité, mec, je n'y ai pas pensé tant que ça.


Avez-vous vu ce nouveau documentaire "Room 237" réalisé par les fans obsessionnels de Shining de Stanley Kubrick?
Ouais. Eh bien, laissez-moi vous dire- j’ai regardé environ la moitié et je me suis foutrement ennuyé, alors j'ai éteint.


Pourquoi?
Ces gars-là se triturent le cerveau. Je n'ai jamais eu beaucoup de patience pour toutes ces conneries académiques. C’est comme ce que dit Dylan : « Donnez aux gens beaucoup de couteaux et fourchettes, ils pourront couper quelque chose." Et ce fut la même chose avec ce film.


Vous avez été extrêmement critique à l’égard du film de Kubrick pendant toutes ces années. Est-il possible de dire qu’il ait fait un grand film qui se trouverait être en même temps une adaptation horrible de votre livre?
Non, je n’ai jamais vu ça comme ça. Et je ne vois jamais les films de cette façon. Les films n’ont jamais été un gros problème pour moi. Les films sont les films. Ils sont comme ils sont. S’ils sont bons, c’est formidable. S’ils ne le sont pas, ils ne sont pas. Mais je les vois comme un média moins intéressant que la littérature, plus éphémère.


Etes-vous mystifiés par le culte qui a été construit autour du Shining de Kubrick?
Je ne comprends pas. Mais il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas. Mais, évidemment, les gens l'adorent, et ils ne comprennent pas pourquoi je ne l’aime pas. Le livre est chaud, et le film est froid; le livre se termine en feu, et le film dans la glace. Dans le livre, il y a un arc réel où vous voyez ce mec, Jack Torrance, essayant d'être bon, et peu à peu il devient fou. Et en ce qui me concerne, quand j'ai vu le film, Jack était fou dès la première scène. Je devais fermer ma bouche à l'époque. C’était un tournage, et Nicholson était là. Mais j’ai pensé dès la première minute où il apparait à l'écran, "Oh, je connais ce gars. Je l'ai vu dans cinq films de moto, où Jack Nicholson a joué le même rôle." Et ce film est si misogyne. Je veux dire, Wendy Torrance est juste présenté comme ce genre de chiffe molle hurlante. Mais c’est juste mon avis.


Quel est le meilleur film jamais réalisé à partir de l'un de vos livres?
Probablement « Stand by Me ». Je toujours pensé qu'il était fidèle au livre, parce qu'il avait su garder le gradient émotionnel de l'histoire. Je pense que j’ai eu peur de la merde qu’aurait pu faire Rob Reiner. Il me l'a montré dans la salle de projection de l'Hôtel Beverly Hills. J’étais là pour autre chose, et il m’a dit, "Puis-je venir vous montrer ce film?" Et vous devez savoir que le film a été fait avec un budget restreint. C’était censé être l’une de ces choses qui sont projetées dans six salles et puis qui disparaissent. Lorsque le film fut terminé, je l'ai embrassé parce que j’étais ému aux larmes, parce qu'il était autobiographique.
Mais “Stand by Me”, “The Shawshank Redemption”, “Green Mile” sont tous vraiment de grands films. “Misery » est un grand film. « Delores Claiborne » est un très, très bon film. « Cujo » est formidable.


Que pensez-vous de cette hausse des ventes de livres pour jeunes adultes? Il y a toute une école de critiques qui disent que trop d'adultes les lisent.
C’est tout simplement dingue. J’ai lu tous les livres de la saga « Harry Potter », et je les ai vraiment bien aimés. Je ne considère pas des livres en termes de genre en disant que «Ceci est pour jeune adulte» ou «Ceci est un roman," ou de la science-fiction, ou quoi que ce soit. Vous les lisez parce que vous les lisez. Quelqu'un m'a demandé récemment, "Avez-vous déjà pensé à écrire un livre pour les jeunes? Vous savez, un roman YA?" Et je lui ai dit, "Tous mes livres en sont ! " Parce que je ne vois pas les choses de manière catégorielle.


Pensez-vous avoir moins de jeunes lecteurs que vous en avez eu dans les premières décennies de votre carrière?
Oui, c’est probablement vrai. Je suis vu comme quelqu'un qui écrit pour les adultes parce que je suis moi-même un homme plus âgé. Certains d'entre eux me découvrent, et beaucoup d'entre eux ne le feront pas. Mais c’est venu avec le temps, car je suis d’abord un succès de poche avant que d’être un succès relié. Tout simplement parce que les livres de poche n’étaient pas cher, alors beaucoup de mes lecteurs étaient des jeunes. Les livres de poche étaient tout ce qu'ils pouvaient se permettre. Vous devez vous dire, «Eh bien, est ce que les jeunes lecteurs iront me lire sur e-books, les Kindle et tout ça?" Et la réponse est, certains d'entre eux le feront, mais beaucoup d'entre eux ne le fera probablement pas.


Est-ce que ça vous dérange?
Eh bien, j’ai la volonté de réussir. Je dois satisfaire les gens, autant que possible. Mais ça s’arrête quand vous vous dites: «Je ne vais pas vendre et écrire ce type particulier de chose." J’avais un argument réel pour « M. Mercedes », qui est essentiellement un roman à suspense.
Je devais m’asseoir et avoir une discussion avec moi-même et dire: «Veux-tu faire ce que ton coeur te dit que tu dois faire, ou veux-tu faire ce que les gens attendent de toi ? Parce que si tu ne veux écrire que ce que les gens attendent, alors putain, qu’as-tu fait jusque-là ? Pourquoi n’écris-tu pas ce que tu veux écrire? "


La mort de l'impression ne vous inquiète-t-elle pas ?
Je pense que les livres vont continuer d’exister, mais c’est dingue ce qui est arrivé. L'industrie de l'édition s’inquiète que les librairies soient en voie de disparition. Barnes & Noble qui ont créé Nook,  fût un véritable Vietnam; ils auraient laissé tomber, parce qu’Amazon est arrivé le premier avec son Kindle. La mort de l'industrie de la musique fût elle aussi insencée, mais les enregistrements audio existent depuis combien de temps ? Peut-être 120 ans. Les livres sont là depuis, quoi, neuf siècles? Ils sont donc plus ancrés que la musique.


En parlant d’Harry Potter, vous vous êtes liés d’amitié avec JK Rowling, non?
Ouais. Nous avons fait un gala de charité au Radio City Music Hall il y a quelques années. Elle travaillait sur le dernier des livres d’Harry Potter. Son publiciste et son rédacteur en chef l’ont appelée, et ils ont parlé pendant environ 10 minutes. Et quand elle est revenue vers moi, elle fulminait. Vraiment furieuse. Et elle a dit, "Ils ne comprennent pas ce que nous faisons, n’est-ce-pas ? Putain, ils ne comprennent pas ce que nous faisons." Et je lui ai dit, "Non, ils ne le comprennent pas. Aucun d'entre eux le comprend." Et c’est pourquoi ma vie est comme en ce moment.


Que voulez-vous dire?
Quand quelqu'un dit: «Sur quoi travaillez-vous ?" Je dis: «J’écris cette merveilleuse histoire sur ces deux familles sur les deux côtés d'un lac qui finissent par avoir cette course aux armements avec des feux d'artifice," mais je fais ça, et puis je fais ces publicités politiques et toutes ces autres conneries. Donc, vous devez être sévère à ce sujet et dire: «Je ne vais pas faire autres choses, parce que je dois écrire." Personne ne comprend vraiment ce qu’est le travail d’écrivain. Les gens veulent des livres, mais, en quelque sorte, ils ne les prennent pas au sérieux.


Vous avez dit que vous regardiez beaucoup la télévision. Quelle est la meilleure série de ces 15 dernières années?
Breaking Bad. Je savais que ça allait être terrible dès la première scène où vous le voyez  porter ces culottes de jockey. Je me disais qu'il était incroyablement courageux d’avoir l'air si « geek ».


Pensez-vous que si vous étiez né à un peu plus tard, vous auriez voulu travailler comme scénariste à la télévision?
Non trop de temps pour trop peu de résultats. Je ne parle pas en termes d'argent. En outre, scénariste est un job où vous devez travailler avec des tonnes de gens différents. Vous devez papoter avec les gens, vous devez parler à des réseaux de personnes. Je ne veux rien faire de tout ça.


Il est intéressant de noter que les films grand public sont pires que jamais, mais que la télévision est de mieux en mieux.
Ouais. Je veux dire, nous ne parlons pas des émissions comme CSI et NCIS qui montrent essentiellement la même histoire encore et encore. Je ne parle même pas de Mad Men, qui ne me plaît pas. Mais Breaking Bad, Sons of Anarchy, The Walking Dead, The Bridge, The Américans. Ces choses ont tellement de relief qu’elles plongent littéralement le spectateur dans leurs univers ; ce sont de véritables films malgré leurs courts formats. Je regardais une émission il y a 12 ans « The Shield ». Et dans le premier épisode, Michael Chiklis, qui jouait le protagoniste, se retourne et tue un collègue policier. Et je me suis dit, "La TV vient de subir ce changement sismique." Cette série était LA série la plus importante à la télévision. Breaking Bad est mieux, mais The Shield a tout changé.


Parlons musique. « Revival » parle d’un guitariste de rock. Pensez-vous que cela aurait pu être votre chemin eu un tant soit peu de talent naturel pour la musique ?
Bien sûr! J’aime la musique, et je peux en jouer un petit peu. Mais tout le monde peut voir la différence entre quelqu'un qui a du talent et quelqu'un qui n’en a pas. Le personnage principal de Revival, Jamie, a juste un talent naturel. Ce qu'il peut faire à la guitare, je peux le faire quand je vous écris. Ça se déverse. Personne ne m'a appris. Dans « Revival », j’ai pris ce que je sais sur la façon d’écrire et je l'ai appliqué à la musique.


Quel est le meilleur concert que vous ayez jamais vu?
Springsteen. Je suis allé le voir à l'Ice Arena à Lewiston, Maine, en 1977. Il a joué pendant environ quatre heures. Il était fantastique. Il y avait tellement d'énergie, tant de générosité dans le spectacle, et tellement de vérité dans sa musique. Il était totalement athlétique, et il sautait dans la foule, couché sur le dos et il tournait. C’était un grand showman.


Le respectez-vous en tant que conteur?
Je le respecte en tant que compositeur et la perspicacité qu’il met dans ses chansons. Mon album préféré de lui est Nebraska. Je savais dès le début de "Atlantic City" qu'il était incroyable. Il avait vraiment grandi en tant que compositeur. Il a fait des choses dans la musique que personne d'autre n'a faite. Ce passage dans "The River", "Maintenant, je joue comme je ne me souviens pas, et Marie agit comme si elle ne s’en souciait pas." Disons-le de cette façon, il est loin de "Palisades Park" de Freddy Cannon.


Je sens que vous et Bruce feriez tous les deux ce que vous faites, quand bien même vous ne seriez pas payé pour le faire.
Ouais, je pense que c’est vrai. Et il serait juste aussi de dire que nous sommes tous les deux autodidactes avec beaucoup d'ambition, beaucoup de volonté de réussir, parce que j’ai ça en moi, moi aussi. J’ai ce truc, et c’est ce même truc que Bruce exprime dans beaucoup de sa musique.


Pensez-vous que le président Obama est en train de faire un bon travail?
Vu les circonstances, il a été formidable. Regardez l’amélioration de la situation de l'emploi. Mais il est dans la nature humaine de se soucier des questions non résolues. Et cette affaire avec ISIS, ou celle où ces personnes sont entrées par effraction dans la Maison Blanche, ça devient, pour quelque raison en quelque sorte, la faute d'Obama.


Pensez-vous que Obama avait le droit d'agir comme il l’a fait après ISIS ?
S’ils sont aussi méchants que le dit la presse. Je veux dire, ils ont coupé des têtes en public et fait sauter cette merde - Quelque chose doit être fait pour ces mecs-là. Voilà mon sentiment de toute façon, et je suis un pacifiste. C’est déprimant parce que c’est comme dans « 1984 » une fois de plus: la guerre permanente- qui n’en finit jamais.


Pourquoi pensez-vous que le pays soit tellement divisé?
Ça n'a rien à voir avec Obama. Il y a un débat de fond en Amérique en ce moment pour savoir si oui ou non nous allons continuer à protéger les libertés individuelles ou si nous allons tirer certains d'entre eux vers le haut. Et la discussion est devenue extrêmement acrimonieuse.
Dans le sillage du 9/11, la surveillance s’est accrue dans les aéroports. Il y a maintenant des caméras de vidéosurveillance partout. Il y a tout un tas de gens qui disent que l'Amérique est pour l'individu et que nous sommes tous les cow-boys de notre propre maison. Fondamentalement, il y a une grande partie du pays qui est terrible. En même temps, les américains craignent que si le mariage homosexuel devenait légal, alors Dieu seul sait ce qui arriverait – en même temps, tous nos enfants vont être gays et « l’American way of life » va s'éteindre. Ils ont peur que les immigrants viennent inonder l'économie. Et de l'autre côté, il y a tous ces gens qui disent, "Peut-être qu'il y a un moyen de profiter de ces choses, et peut-être nous devons nous renoncer à notre droit que tout le monde puisse acheter une arme à feu." Ce sont des arguments de base.


Pensez-vous beaucoup à ce que sera votre héritage ?
Non, pas vraiment. D'une part, je ne contrôle rien. Seules deux choses arrivent aux écrivains quand ils meurent: Soit leur travail survit, ou il devient oublié. Quelqu'un retrouvera une vieille boîte et dira: «Qui est ce gars Irving Wallace?" Il n'y a pas de rime ni raison à cela. Demandez aux enfants à l'école secondaire, «Qui est Somerset Maugham?" Ils ne vont pas à savoir. Il a écrit des livres qui ont été des best-sellers dans leur temps. Mais il est bien oublié aujourd'hui, alors qu’Agatha Christie n'a jamais été aussi populaire. Elle passe juste d'une génération à l'autre. Elle n’est pas aussi bon écrivain que Maugham, et elle n'a certainement pas essayé de faire autre chose que de divertir les gens. Donc je ne sais pas ce qui va arriver.


Vous avez menacé de vous retirer quelques temps, mais vous ne l’avez évidemment jamais fait. Vous voyez-vous faire cela jusqu’à vos quatre-vingt ans et peut-être même au-delà?
Ouais. Que pourrais-je faire d’autre? Je veux dire, merde, vous devez faire quelque chose pour remplir votre journée. Et je ne peux pas jouer tout le temps de la guitare et regarder toutes ces émissions télévisées. Il y a deux choses à ce sujet que j’aime : Cela me rend heureux, et il rend les autres heureux.


Des Archives émission 1221: 6 Novembre, 2014

 

Décès de Marilyn Burns

Marilyn burns can still bring a scream at the box office 12

Nous apprenons aujourd'hui le décès de l'actrice Marilyn Burns (de son vrai nom Mary Lynn Ann Burns). Alors peut-être que, comme moi, ce nom ne vous dit pas grand-chose et que vous vous demandez finalement si cette illustre inconnue n'avait pas un lien de parenté avec le fameux Monsieur Burns, directeur tyrannique de la centrale nucléaire de Springfield dans les "Simpson's". Oui je suis persuadé que vous connaissez mieux ce personnage de dessin animé que l'actrice à laquelle ce billet fait référence...

Mais en fait tout s'éclaire lorsqu'on apprend dans quel film cette jeune actrice s'est illustrée à l'époque. Un film culte, dont la première sortie aux Etats Unis date de 1974, un film dont tout le monde a déjà entendu parler au moins une fois dans sa vie sans pour autant l'avoir vu. J'ai nommé: "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper! Ah! Vous voyez que vous connaissez finalement! Marilyn Burns tenait le premier rôle du film et interprétait Sally Hardesty, unique survivante du massacre de Leatherface et de toute sa gentille famille de dégénérés.

Comme à chaque fois que je me remémore un film d'horreur, reviennent à moi bien plus de souvenirs que le film lui-même. Je me rappelle par exemple les conditions dans lesquelles j'ai vu le film, si c'était au cinéma ou bien à la télévision, ou encore en VHS ou dvd. Je me rappelle également l'état d'esprit dans lequel j'étais à l'époque et les personnes qui m'entouraient alors... Ah, souvenirs, souvenirs, je vous ai gardés dans mon coeur, comme le disait en son temps Johnny.

Eh bien figurez-vous que la première fois que j'ai vu "Massacre à la tronçonneuse", je devais avoir dans les quatorze ans, et j'étais déjà fan depuis quelques années de tout ce qui se rapportait de près ou de loin à de l'épouvante (le premier film m'ayant marqué étant Shining à l'âge de dix ans, mais ceci est une autre histoire que je raconterais peut être un jour).

Nous sommes donc au tout début des années 90' et je suis là, chez mon copain Tristan, un samedi soir, à visionner une sélection de VHS de films d'horreur que nous avions empruntés au vidéo club (dix prêts tamponnés sur la carte offrait droit à un prêt gratuit! Ah, nostalgie quand tu nous tiens). Je passais à l'époque des heures à éplucher chaque VHS du rayon épouvante du magasin, et à frissonner devant les descriptifs de films célèbres comme "La nuit des morts-vivants", "Vendredi 13" ou autres "Griffes de la nuit"... Je crois que j'ai réussi à tous les visionner avant que la boutique ne ferme ses portes, quelques années plus tard, victime du lecteur dvd.

Alors voilà, je suis donc chez Tristan, qui est plus âgé que moi de quatre ans (c'est à dire tout un monde pour moi à l'époque) et qui s'était mis en tête de me faire acquérir une "culture de l'épouvante". Parmi la sélection du soir, il y a entre autre, "Massacre à la tronçonneuse", film interdit en salle au moins de dix-huit ans lors de sa sortie en 1982 au cinéma (le film était néanmoins sortit en 1979 en VHS). Tous les rideaux sont tirés, histoire de faire un peu de pénombre pour ne pas qu'il y ait de faux jour sur l'écran. Nous sommes en effet en pleines vacances d'été et il doit être dans les huit heures du soir. Mais le fait de fermer les rideaux consiste aussi et surtout à nous plonger dans l'ambiance et dire qu'à partir de maintenant nous entrons dans une "autre dimension"; car nous tirions les rideaux même en plein hiver lorsque la nuit était déjà tombée depuis longtemps. Et oui, il y avait certains rituels à respecter, comme manger de la pizza en regardant les films, par exemple.

De ce film donc, je me souviens d'avoir été marqué par l'aspect de Leatherface avec son masque en peau humaine sur le visage. Je me souviens également du bruit infernal de cette tronçonneuse qui rugit pendant presque les 84 minutes du film. L'histoire est tout ce qu'il y a de plus classique et banale pour mon époque qui connaissait l'âge d'or des slashers avec les "Vendredi 13" et autres "Freddy", comme je vous l'ai déjà dit un peu plus haut. Mais replacé dans son contexte, c'est à dire 1979 aux USA, ce film était pourtant bien un des premiers du genre. Je vous rappelle brièvement le synopsis du film pour ceux qui n'en auraient jamais entendu parler :

Nous sommes au Texas, en 1979. Cinq jeunes se promènent en mini van (un peu le même que dans Scooby Doo) et prennent un auto-stoppeur qui se révèle être passablement cinglé. Effrayés, les jeunes arrivent à l'expulser du véhicule avant de continuer leur route. Ils tombent en panne d'essence un peu plus loin et découvrent alors une étrange maison au bord d'un lac. Deux des jeunes partent l'explorer et... tombent nez à nez avec Leatherface qui tue le premier à coups de marteau et la seconde en l'empalant sur un crochet de boucher. L'horreur commence alors pour Sally (Marilyn Burns) qui va passer la nuit à découvrir les atrocités d'une famille dégénérées et voir son frère se faire découper en rondelles lors d'une mémorable course poursuite de nuit en fauteuil roulant. Après bien des péripéties, Sally arrivera à s'enfuir et échappera ainsi à une mort horrible (j'espère ne pas avoir trop spoilé là!).

Alors voilà, en apprenant ce matin la nouvelle, j'ai fouillé parmi ma collection de dvd d'horreur pour ressortir ce fameux film et j'ai revisionné quelques extraits. J'ai également revu l'interview de Tobe Hooper qui figurait dans les bonus que j'avais regardés rapidement il y a quelques années lorsque j'avais acheté le dvd dans une boutique d'occasion.

Et alors que je suis là, devant mon écran de télévision à presque retrouver l'atmosphère sacrée qu'il y avait lorsque j'avais vu ce film pour la première fois avec Tristan, plusieurs choses me sautent aux yeux.

Premièrement, et malgré ce que peut laisser supposer le titre de l'histoire, il n'y a quasiment pas de sang dans le film! Eh oui! Je vous propose de le revisionner vous aussi si vous ne me croyez pas!

Deuxièmement, il n'y a qu'une seule personne qui se fait tuer à la tronçonneuse (le frère handicapé de Sally, justement). Tous les autres se font tuer au marteau. Eeeeh oui! Revisionnez le film je vous dis, vous aussi allez être surpris.

Troisièmement, l'affiche du film indique que l'histoire est tirée d'un fait réel! Oh, le gros mensonge que voilà! L'histoire, telle qu'elle nous est présentée est pourtant bien une fiction, de l'aveu même de Tobe Hooper, son réalisateur. En fait, celui-ci s'explique dans son interview. Il dit avoir été marqué dans son enfance (décidément l'enfance détermine souvent la destiné des hommes) par les récits que lui faisaient les membres de sa famille, de "Ed Gein", qui avait vécu près de chez eux. Le "Ed Gein" en question était un sympathique monsieur, cannibale de son état, qui déterrait les cadavres et recouvrait ses fauteuils et ses abats jour avec de la peau humaine. Un charmant voisin donc...

Tobe raconte également avoir été marqué par une autre histoire, toujours dans son enfance, nous dit-il. Son médecin racontait comment, lorsqu'il était étudiant, avait écorché le visage d'un cadavre lors d'une dissection pour s'en faire un masque d'halloween (au cas où vous ne le sauriez pas, les étudiants en médecine sont de grands enfants et si vous en connaissez, ils pourront vous raconter biens des histoires de ce genre).

Tobe Hooper reprend donc ces deux souvenirs et en fait "Massacre à la tronçonneuse". Il rajoutera "Histoire vraie" sur l'affiche simplement pour que le public frémisse d'avantage. Il se souvient en effet avoir vu un film avec un bandeau de ce genre sur l'affiche qui avait produit tout son effet aux spectateurs. Il dira également, pour justifier son choix, que "tout être humain, tout animal, a envie d'aller regarder derrière la porte du cagibi (...) c'est cette pulsion qui nous fait ralentir sur l'autoroute lorsqu'il y a un accident. C'est pour mieux voir les tripes et le sang".

A propos du peu de sang que l'on peut effectivement voir dans le film, Tobe Hooper dit que "votre imagination de spectateur dépasse ce que je peux réellement vous montrer". Effectivement, grâce à une mise en scène habile, Tobe nous suggère bien plus de choses qu'il nous en montre en réalité.

Le bruit de la tronçonneuse, omniprésent dans le film remplace allègrement n'importe qu'elle autre musique. D'ailleurs il n'y a pas de musique dans ce film, ce qui confère à l'ensemble un aspect "documentaire" qui rajoute au sentiment d'oppression du spectateur.

Alors voilà, quarante ans pile après la sortie de ce film qui allait servir de base à tous les autres "slashers" (une nouvelle version sortira au 1er octobre 2014 je crois), Marilyn Burns a quitté le devant de la scène pour monter vers d'autres étoiles que celles du cinéma. Remarquez, elle n'aura pas joué dans beaucoup d'autres productions. Je crois qu'elle sera l'héroïne d'un seul autre film avant de reprendre son rôle de Sally Hardesty pour des reprises de "Massacre à la tronçonneuse" dans les années qui suivront. Elle est effectivement une de ces actrices qui auront été marquées par un seul rôle qui leur aura collé à la peau toute leur vie. Il me vient alors cette phrase de Tobe Hooper à propos de Sally Hardesty, le personnage de son film qui s'en sort vivante : "Je pense qu'il lui faudra beaucoup de temps pour surmonter ce traumatisme".

Marilyn Burns a été retrouvée morte ce mardi à son domicile de Houston, au Texas. Lieu même qui vit se dérouler l'histoire du film qui la rendit célèbre.

Alors, comme à chaque fois qu'un acteur, un écrivain ou un musicien meurt, je me dis que c'est un peu une partie de mon histoire à moi aussi qui meurt avec lui, une époque qui se termine... Oui, je sais que je parle comme un vieux con, que voulez-vous, je vieillis.

Avec Marilyn Burns qui s'en va, c'est un peu de mon adolescence qui part avec elle. Paix à ton âme, Marilyn.

Alors aujourd'hui, et sans doute jusqu'à ce que je m'endorme ce soir, j'ai quatorze ans. Laissez-moi tranquille! J'ai quatorze ans et mes yeux pétillent devant la bande VHS qui se déroule en ronronnant dans le magnétoscope de mon copain Tristan. Recroquevillé sur le fauteuil, j'essaie de ne pas trop montrer que j'ai peur. Le salon sent encore la pizza que l'on vient de manger et, lorsque certaines scènes du film deviennent trop angoissantes, je baisse discrètement les yeux vers les jaquettes des deux autres films qui nous attendent: "Peur Bleue" de Stephen King et "Les griffes de la nuit" de Wes Craven. Et pendant que je détourne le regard, j'entends Sally qui crie, qui crie à la mort!

SG

7 aout 2014